Le gouvernement Legault multiplie les attaques contre les syndicats depuis quelques mois. Au printemps dernier, il déposait le projet de loi 89, maintenant la loi 14, qui accroit la portée de la notion de services essentiels au secteur privé et à l’éducation si le gouvernement juge que «la sécurité sociale, économique ou environnementale de la population» est menacée. La loi permet également d’imposer un arbitrage obligatoire dans le secteur privé. Ces deux mesures auront pour conséquence de réduire le rapport de force des syndicats. Par exemple, l’imposition d’un régime de services essentiels aux Cégep pourrait essentiellement éliminer notre capacité de faire une grève efficace.
Il y a quelques semaines nous apprenions que le gouvernement avait un autre projet de loi dans ses cartons. Le ministre Boulet veut «moderniser» le régime syndical. Accusant les syndicats de manquer de transparence et d’avoir une démocratie déficiente, il veut restreindre l’utilisation des cotisations syndicales et introduire une distinction entre la «mission essentielle» du syndicat et les actions non essentielles. Pour le gouvernement Legault, il est impératif d’agir car, pour citer le premier ministre Legault, le syndicalisme «(C’)est un système de pratiques dépassées, qui nuit aux travailleurs, qui nuit aux citoyens et qui nuit au Québec tout entier. Il est temps d’exiger la transparence et la démocratie syndicale. Il est temps que les syndicats recentrent leurs actions sur leur missions essentielles.»
La stratégie du gouvernement caquiste est cousue de fil blanc. En chute libre dans les sondages, Legault et compagnie joue la carte de la diversion et de la polarisation. Sur le fond, les attaques de la CAQ reposent sur des anecdotes. Au SPECS et à la CSN, les états financiers sont publics et votés en assemblée. L’utilisation des cotisations syndicales est encadrée par des mandats adoptés en assemblée. Ce n’est pas au gouvernement de déterminer la mission essentielle des syndicats: ce sont aux membres des syndicats de le faire. À la CSN, l’action syndicale comporte deux facettes indissociables: le premier front et le deuxième front. La lutte pour de meilleures conditions de travail ne peut pas se faire en faisant abstraction de la lutte pour une plus grande justice sociale pour tous. Pour reprendre les mots de Pierre Vadeboncoeur, conseiller syndical à la CSN et essayiste réputé, il faut dénoncer le fait que les syndicats « ne voient pas ou refusent d’admettre qu’en un point donné de l’histoire, leur présence peut servir à autre chose qu’à amener la signature de conventions collectives et peut fournir une force pour des transitions politiques nécessaires. »
Plusieurs gains syndicaux qui font maintenant partie de nos conventions collectives étaient initialement des luttes pour une plus grande justice sociale: congé de maternité, égalité entre les genres, lutte contre la discrimination, etc. Face aux attaques antisyndicales, nous ne pouvons pas demeurer les bras croisés. Nous devons défendre nos syndicats contre les tentatives d’un gouvernement qui cherche à se faire du capital politique alors qu’il n’a plus l’appui de la population. La CSN vient tout juste de lancer la campagne Faire Front pour le Québec. Au cours des prochaines semaines, plusieurs initiatives auront lieu pour informer et mobiliser les personnes syndiquées CSN au Québec. Le Cégep de Sherbrooke ne sera pas une exception. Lisez le QLP pour avoir tous les détails. Le 29 novembre 2025, une grande manifestation de tous les groupes syndicaux aura lieu à Montréal. Nous vous informerons prochainement des modalités pour le transport. Il faut une mobilisation massive pour signifier au gouvernement qu’il doit reculer.