Sous-embauche et nouvelle date d’abandon

Infographie du Gouvernement du Québec

Lors de l’automne 2024, une nouvelle date d’abandon sans échec a été ajoutée au calendrier étudiant dans tout le réseau collégial. L’objectif de cette nouvelle date est de donner aux personnes étudiantes un peu plus de temps pour évaluer s’il serait préférable pour elles d’abandonner un cours. L’effet de cette mesure a été immédiat : le nombre de désinscriptions au 19 septembre et au 14 février a fortement diminué. Par exemple, un cours avec 33 personnes étudiantes qui tombait normalement à 28 le 20 septembre reste maintenant souvent au-dessus de 30. Ce changement de comportement des personnes étudiantes a un effet très concret. Ce sont en effet les personnes étudiantes inscrites au 20 septembre et au 15 février qui sont la base du calcul des ressources financières disponibles pour le Cégep. Moins la classe perd d’étudiant·es, plus le cégep se voit financé. Comme la personne enseignante est déjà engagée et est payée le même salaire peu importe les désinscriptions, chaque personne étudiante qui reste est un gain pour l’enveloppe de l’enseignement.

Simulation fictive et très simplifiée

Imaginons qu’au début de la session d’automne 2023, un cégep de 6000 étudiant·es doive embaucher 450 profs pour leur enseigner et réaliser les autres tâches de la convention (coût = 450 ETC). La formule de calcul nous dit que pour obtenir un financement de 450 ETC, il faut qu’il y ait au 20 septembre une moyenne de 30 étudiant·es par cours. Monsieur L., directeur du service de l’organisation scolaire, envoie au début de la session 35 étudiant·es par cours. Le 20 septembre arrive et par crainte d’échouer, de nombreuses personnes étudiantes ont abandonné des cours, si bien qu’on se retrouve avec une moyenne de 29 étudiant·es par cours. Le Cégep ne reçoit, une fois les calculs du Ministère faits, que 435 ETC en financement et a donc réalisé une SUREMBAUCHE de 15 ETC! Catastrophe!

Déplaçons-nous maintenant en 2025 avec la même situation initiale. Le Cégep embauche toujours 450 profs et Monsieur L. envoie toujours 35 étudiant·es par cours au début de la session. Cependant, puisqu’il est possible d’abandonner un cours sans mention d’échec à 60 % de la durée de la session, plusieurs étudiant·es tentent leur chance et demeurent dans le cours. La moyenne d’étudiant·es par cours après le 20 septembre est de 31 et on se souvient que c’est ce chiffre qui sera utilisé pour les calculs par le Ministère. Même si 2 personnes supplémentaires par cours finissent par abandonner avant la seconde date d’abandon et que la session se termine malgré tout avec une moyenne de 29 étudiant·es par cours, le cégep se voit tout de même reconnaître un financement de 465 ETC, une SOUS-EMBAUCHE de 15 ETC!

En résumé, pour ces deux situations où la moyenne d’étudiant·es par cours à la fin de la session est de 29, le changement de comportement des étudiant·es au 20 septembre fait passer le cégep d’une surembauche à une sous-embauche (oui c’est absurde, mais c’est exactement comme ça que ça se passe). Le Cégep s’en trouve donc gagnant et il pourrait même adopter une gestion un peu plus souple afin de terminer plus près de l’équilibre.