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Mercredi 5 février 2014 |
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Sommaire
Le ministre responsable du Conseil du trésor, Stéphane Bédard, est revenu sur sa décision de déposer une évaluation au rangement 21 pour la profession d’enseignant au collégial dans le cadre des travaux sur la relativité salariale. Plus de 5 mois de mobilisation ont été nécessaires afin de faire comprendre au ministre qu’une dévaluation de notre travail était inacceptable.
Le ministre Bédard a sans doute espéré calmer le jeu en changeant sa position. Le regroupement Cégep de la FNEEQ ne l’entend pas ainsi. Lors d’une rencontre qui s’est déroulée les 30 et 31 janvier dernier, le regroupement a recommandé de mettre en place un plan d’action en gradation qui doit être déclenché dès qu’un recul ou un blocage est constaté. Le plan comporte les actions suivantes : piquetage symbolique, journée nationale d’étude, manifestation nationale. On demande également de débuter dans les syndicats locaux le processus de consultation portant sur la tenue d’une journée de grève. Vous trouverez ci-joint le plan d’action adopté par le regroupement Cégep de la FNEEQ sur lequel les membres du SPECS-CSN seront appelés à se prononcer le 13 février prochain. ____________
D’abord, nous avons applaudi la décision du gouvernement Marois de maintenir le DEC technique en soins infirmiers comme le diplôme qualifiant pour la profession d’infirmière. Le SPECS-CSN et la FNEEQ, en partenariat avec d’autres acteurs du réseau de la santé et de l’éducation, ont investi beaucoup d’énergie afin qu’on reconnaisse à sa juste valeur la formation collégiale en soins infirmiers. Si la décision du gouvernement doit être saluée, nous avons indiqué que nous demeurerons vigilants afin de contrer toutes nouvelles tentatives de dévalorisation du diplôme technique menées l’OIIQ et le lobby universitaire. Le déclassement de la profession d’enseignant collégial dans le cadre de l’exercice de l’évaluation de la relativité salariale a été le deuxième sujet discuté. Il a été clairement dit que nous n’accepterons pas de voir notre profession déclasser au rangement 21 et qu’il était impératif que les diplômes de maîtrise et de doctorat soient reconnus équitablement. Le ministre Duchesne s’est empressé de mentionner que son collègue, le ministre Bédard, avait récemment changé son fusil d’épaule sur la question. Si la volte-face du ministre Bédard constitue une évolution, le rangement 22 constitue toujours une évaluation inéquitable de notre tâche. Nous avons demandé au ministre Duchesne d’intervenir auprès du ministre Bédard afin de lui faire entendre raison. Finalement, nous avons abordé le programme d’« assurance qualité » mis sur pied par le ministre Duchesne. L’exécutif du SPECS-CSN ainsi que la FNEEQ sont extrêmement critiques du processus d’« évaluation des évaluations » que veut implanter la CÉEC. L’« assurance qualité » s’inspire d’une vision managériale qui nous apparaît complètement étrangère, sinon opposée, aux visées d’un réseau d’enseignement supérieur. En imposant une conception de la « qualité » qui laisse de côté les objectifs humanistes de l’enseignement, en créant un système d’évaluation et de reddition de compte lourd, chronophage et qui nie l’expertise des enseignants, le processus d’« assurance qualité » ouvre la porte à des dérives dangereuses que l’on constate déjà dans les pays qui ont adopté cette approche. Sur cet enjeu, le ministre Duchesne n’a pas réussi à nous rassurer. Le projet d’implanter un cours d’histoire du Québec obligatoire dès 2014 doit être reconsidéré. C’est la conclusion à laquelle sont arrivés les membres du regroupement Cégep de la FNEEQ lors de l’assemblée des 30 et 31 janvier. Deux considérations motivent cette décision. Les délais d’implantation du programme apparaissent irréalistes si l’objectif est de mettre en place un cours dont la structure et le contenu sont adéquats. Tel que défini actuellement, plusieurs se questionnent à savoir si les objectifs et les compétences sont dignes du niveau collégial. L’autre considération qui milite en faveur d’un moratoire est que la démonstration de la nécessité d’un tel cours n’a pas encore été faite de manière convaincante. Les étudiantes et les étudiants ont-ils des lacunes en histoire si importantes qu’elles nécessitent qu’on modifie la formation générale collégiale et qu’on fasse disparaître un cours complémentaire ? Ne devrait-on pas attendre l’évaluation de programme d’histoire au secondaire avant d’implanter des modifications au Cégep ? Pour toutes ces raisons, le moratoire paraît être la décision la plus sage.
Michel Seymour Le premier invité était Michel Seymour, professeur de philosophie à l'Université de Montréal, auteur notamment de Pour une idée de l'université (Boréal, 2013). Monsieur Seymour a davantage parlé de liberté académique la liberté d'expression des professeurs et des chercheurs à l'extérieur de leurs fonctions professionnelles que d'autonomie professionnelle la liberté d'exercer son métier de professeur ou de chercheur au meilleur de ses expertises et de son jugement pédagogique ou disciplinaire. Seymour a ainsi défendu l'idée que la liberté académique était de plus en plus mise à mal en éducation supérieure. Il a voulu l'illustrer par la présentation de quelques phénomènes récents. L'un d'eux est une récente prise de position de l'Association des universités et collèges du Canada (AUCC) sur la liberté académique. Selon cette association patronale, la liberté académique doit être défendue mais seulement dans les limites du domaine d'expertise du professeur ou du chercheur. Pas question en ce sens pour un scientifique de défendre une position critique sur des enjeux sociaux plus larges ou encore à l'égard de son propre employeur. Seymour voit dans cette liberté académique restreinte un glissement vers une conception entrepreneuriale des universités et des collèges canadiens, où la loyauté envers l'employeur prend le dessus sur la responsabilité sociale des scientifiques et intellectuels. Seymour a dans ce contexte rappelé que des textes de l'UNESCO donnaient à la liberté académique une extension plus vaste. Michel Seymour a aussi parlé des poursuites-bâillon (en anglais, SLAPPs : Strategic lawsuits against public participation) ainsi que de la Loi 12 et de tout contexte des injonctions du Printemps 2012, rappelant qu'à l'Université de Montréal des professeurs avaient été escortés par des agences de sécurité privées jusqu'à leur salle de classe et qu'au collège Lionel-Groulx, onze professeurs avaient été sanctionnés pour avoir signé une lettre dans Le Devoir critiquant les décisions de leur direction générale sous injonction. Il a enfin fait état de tentatives de la direction du collège Maisonneuve d'encadrer les communications électroniques de ses employés (messagerie ou médias sociaux) de manière à interdire qu'elles rendent publiques des conflits et des contentieux de travail ou qu'elles « affectent la réputation du collège ». Qui, demande-t-il, peut surveiller et critiquer le travail des directions de collège et d'université si ce n'est les employés qui y travaillent ? Comment se fait-il que des directeurs et directrices de collège ou d'université s'emploient à restreindre la liberté académique et l'autonomie professionnelle de leurs employés plutôt qu'à se mettre au service des forces vives de leur communauté ? Micheline Thibodeau La deuxième invitée de l'après-midi était Micheline Thibodeau, vice-présidente au regroupement cégep de la FNEEQ. D'entrée de jeu, elle a rappelé que l'autonomie professionnelle avait deux dimensions nécessaires et complémentaires : l'une individuelle la responsabilité que prend chaque professeur de son enseignement, de sa discipline et des apprentissages de ses étudiants et l'autre, collective la capacité pour les professeurs d'échanger, de développer des méthodes communes et d'adopter des cadres partagées sur les questions disciplinaires, pédagogiques et éducatives. Comme Seymour l'a fait avec la liberté académique, elle a tracé le portrait d'une érosion de l'autonomie professionnelle. D'une part, a-t-elle souligné, l'évaluation que faisait jusqu'à tout récemment le Conseil du trésor de la structure salariale des professeurs de cégep le fameux rangement 21 montre qu'il ne reconnaît que très difficilement tout le volet collectif de l'autonomie professionnel : participation à des travaux départementaux, de programme, institutionnels, notamment. D'autre part, les transformations que subit le réseau des cégeps depuis la réforme de la ministre Robillard en 1993 (approche programme, pédagogie par compétences, création de la Commission d'évaluation de l'enseignement collégial (CÉEC), gestion par résultat) font pression sur l'autonomie des professeurs. Les contenus des cours et des évaluations tendent à se standardiser; les mécanismes d'encadrement de l'enseignement cherchent à quantifier les pratiques en identifiant des cibles à atteindre (taux de réussite, taux de satisfaction, etc.); le service public que représente l'enseignement supérieur est lui-même de plus en plus conçu comme un produit destiné à des clientèles (les étudiants, les employeurs, la société). Toute une approche de l'éducation supérieure inspirée par les thèses de la Nouvelle gestion publique détourne les forces des enseignants vers des objectifs administratifs toujours plus étrangers à la discipline qu'ils enseignent. Cette perte d'autonomie professionnelle produit à terme une perte de qualité, de dynamisme et de créativité de l'enseignement supérieur, ainsi qu'une perte de sens dans le rapport à son propre travail, a conclu Micheline Thibodeau. La vice-présidente de la FNEEQ a ainsi appelé les professeurs à s'approprier activement leur autonomie professionnelle et leur liberté académique en ouvrant des espaces de réflexion sur le sens de leur travail et de l'éducation supérieure en général. L'après-midi a somme toute porté ses fruits bien que certains aient regretté que ce soit pour trop peu de participants. Qu'à cela ne tienne, il y en aura une prochaine, et plus on sera, plus riches seront nos échanges ! Mouvement ommunautaire
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